DES COMPÉTENCES ADAPTÉES À L’INFORMATION SUR LE WEB
Au cours de son atelier-débat du 3 juillet 2008 à Paris, Médiafor a invité ses adhérents à analyser la production de l’information sur le Web à l’aune de ses effets sur les métiers et compétences des journalistes. Nouveaux acteurs de l’information, concurrence avec les moteurs de recherche et les gratuits, évolution de la posture et des compétences des journalistes, une véritable révolution est en marche.
«Réinventons-nous, explorons les nouvelles sources de création de valeur et investissons massivement dans l’évolution des compétences», Philippe Pouzeratte, Président de Médiafor a planté le décor le 3 juillet dernier à la Maison de la chimie devant plus de 100 adhérents.
Les stratégies des nouveaux et anciens
S’adapter et explorer tous les possibles, c’est le sentiment qui se dégage des interventions de la première table-ronde consacrée aux acteurs de l’information : Schibsted, groupe multimédia, éditeur de 20 minutes, Ouest-France quotidien imprimé et en ligne et ses 29 sites «maville.com», Obiwi, un magazine de «partage d’expériences» sur Internet, AOL prêt à «simplifier sans trahir», Orange qui, depuis dix ans diffuse des actualités et vante le succès de ses rendez-vous en exclusivité avec Le Figaro. Certains sont producteurs et diffuseurs d’informations, d’autres uniquement producteurs, d’autres encore associent l’usage collaboratif à la production d’informations. Autant dire que les stratégies économiques et éditoriales diffèrent tout comme les pratiques. Les uns parient sur l’adaptation des journaux sur Internet et le développement de nouveaux principes, les autres sur la création de communautés d’experts animées par un journaliste «qui donne du sens». L’information est alors déclinée ou externalisée, conçue comme «un produit fidélisant». De là à considérer les médias comme des marques, il n’y a qu’un pas. «Dans un univers concurrentiel, la valeur de la marque est importante», selon Julien Jacob, fondateur d’Obiwi.
Réussir la transition
Pour passer le cap, répondre à la multiplication des nouveaux supports et à l’attractivité des moteurs de recherche, les médias traditionnels d’information agissent à la fois sur leur organisation, le statut des journalistes, leur posture et la formation. Le groupe multimédia Lagardère Active par exemple, fait signer à tout nouveau journaliste un contrat bimédia. Ouest-France qui salarie 8 journalistes pour sa production multimédia souligne l’impact de la vidéo comme élément d’information de plus en plus important. Quant à la rédaction de Rue 89, elle table sur un « professionnalisme à 3 voix», celui des journalistes, des experts et des internautes, «capteurs» d’informations. Pour Jean-Marie Charon, chercheur et spécialiste des médias, il importe de pratiquer un journalisme à forte expertise qui «valorise le récit écrit sur écran», marie le texte, le son et la vidéo, avec une approche coopérative du travail éditorial. L’usage actuel de l’information modifie le travail et la posture des journalistes. L’ignorer serait suicidaire !
Innover et réinventer la presse
Les représentants des écoles spécialisées, IPJ et EMI-CFD, présents dans la troisième table-ronde, n’ignorent pas le Web, bien au contraire. Il existe, depuis longtemps déjà, des formations spécialisées au journalisme en ligne, comme à l’Institut pratique de journalisme (IPJ). Le métier évolue, doit répondre à de nouvelles exigences économiques, éditoriales et intégrer le rapport au lecteur. Pascal Riché* l’affirme : «d’une relation verticale et fermée, on découvre un échange horizontal, ouvert, interactif, itératif» Les lecteurs commentent, critiquent, amendent les contenus qui leur sont proposés. Au journaliste de repérer les pépites dans le «magma» des blogs, «se préparer mentalement à être plurimédia» et de trouver sa place entre Google et Wikipédia !
* La presse, l’Internet et la citadelle assiégée, Pascal Riché, Le Monde, 25 juin 2008
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